Assis dans ma chaise longue, à l’ombre d’un chêne séculaire dont je ressens toute la sagesse, je somnole en paix. Dans l’intimité, M.Fildefer aime parfois à se donner en spectacle, vainquant sa timidité pour un lâcher prise à chaque fois très surprenant puisqu’imprévu. « Ce soir, j’arriverai en habit de pureté, chevauchant nu une licorne du Moyen Âge » m’a-t-il annoncé fièrement ce matin par SMS. J’attends donc patiemment l’arrivée de mon ami.
Bientôt, des bruits de sabot me parviennent. Je mets ma main en visière tout en plissant les yeux pour régler la mire. Un monocéros se rapproche, à pas réguliers. Il s’ébroue gracieusement avant de s’immobiliser à quelques mètres de moi et de prononcer :
« Comme promis, nous sommes là »
Je me lève, m’approche de l’animal et, tout en flattant son encolure, lui murmure à l’oreille :
« Nous ? Mais je ne vois pas M.Fildefer… Où est-il ? »
« C’est ta création, il est en toi »
« Il a quand même sa propre existence… Le laisser libre, c’était ma promesse »
« C’est ce que ton ami s’est évertué à croire… Longtemps, il a laissé de côté ce qui lui encombrait l’esprit, comme si négliger d’où il venait pouvait lui simplifier la vie… Ce matin, il espérait encore… »
« C’est dur ce que tu dis »
« C’est la réalité »
« Je… Je le reverrai ?… »
« Dans une de tes histoires, certainement … En attendant, il t’a laissé un message, planté sur mon front »
Alors que la licorne s’éloigne, vite happée par le crépuscule du soir, je m’assieds lourdement avant de déplier le bout de papier calligraphié.
Mon cœur bat sourdement car je peine à reconnaitre l’écriture de mon ami.
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« J’ai parfois l’impression que faire abstraction, c’est se débarrasser à bon compte des vérités qui dérangent… »
