Nous marchions depuis l’aube sur le chemin de halage du canal Nantes à Brest, profitant pleinement de notre complicité silencieuse, quand M.Fildefer lança cette phrase, la tête levée vers le ciel, comme s’il attendait quelque réponse divine :
« J’ai l’impression que le tumulte environnant m’empêche de rêver librement… »
Puis il s’arrêta, portant à son front sa minuscule serviette éponge pour absorber de fines gouttes perlées de rouille.
Avant de poursuivre :
« J’aurais tellement aimé donner vie à mes chimères… »
Nous laissâmes un long moment les points de suspension organiser le silence.
Bientôt, une péniche passa dans un léger ronronnement de moteur, emportant des enfants qui agitèrent les bras, tout sourire.
M.Fildefer, dans un effort pour chasser son amertume, leur rendit le bonjour d’une main fine et déliée.
« L’espoir est donc permis… » souffla-t-il enfin.
Puis il me sollicita du regard.
Ne sachant que dire, je lui tendis ma gourde d’eau.
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« Je n’ose imaginer que le champ des possibles puisse être un jour frappé d’obsolescence programmée… »
