Voilà cinq jours que je n’avais pas revu M.Fildefer. Il m’avait manqué. La canicule sévissait avec ardeur. Aussi, pour fêter nos retrouvailles, j’ai sorti l’anisette, un magnum d’eau fraiche et une bassine de glaçons.
Nous nous prîmes dans les bras avant de nous assoir autour de la table bistrot en marbre blanc. Je lui servis un verre glacé couleur d’espoir. Entre deux gorgées, mon ami me confia :
« Tu sais, jamais je ne changerai. Même si je suis né de ton imagination, je me sens suffisamment libre pour vivre à tes côtés… »
Je le regardai, rassuré. Ses traits fins dégageaient cette grâce qui rend les autres meilleurs. Je me sentis d’un coup profondément plus humain. Il poursuivit :
« J’adore Denzel Washington, un de mes acteurs préférés. Un jour, il a déclaré : ‘Je veux quelqu’un qui reste avec moi pour ce que je suis, pas pour ce que vous voulez que je sois …’ »
« C’aurait pu être une de tes pensées… » murmurai-je en souriant.
La paix était palpable. Pendant une heure, rien ne fut dit.
Puis, M.Fildefer se leva, éclusant son verre qu’il reposa délicatement sur la table. Il m’embrassa furtivement le front avant de me tourner le dos. Après quelques pas, son corps sembla hésiter. Doucement, il se retourna et, plantant ses yeux dans les miens, prononça d’un air faussement détaché :
« Toi aussi tu m’as manqué… »
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« Il est parfois bien cher payé que de s’employer à rester soi-même… Tout un paradoxe… »
