Il était tôt ce matin-là. Je déambulais dans le jardin à la recherche de quelques accus pour la journée quand une voix me fit sursauter.
« Tu sais quoi ? La rêverie n’empêche pas l’apprentissage… »
Je levai la tête. M.Fildefer était assis sur une branche du chêne, à quelques cinq mètres du sol, tout près du hibou petit-duc qui semblait le fixer avec indifférence.
« Mais que fais-tu dans cet arbre ? »
« Je prends de la hauteur… et j’attends que l’aurore vienne m’aider à mieux percevoir le monde »
« Je peux te rejoindre ? »
« Bien sûr, c’est comme dans mon canoë, il y a de la place pour nous deux… »
« Attends, je reviens… ». Quelques minutes plus tard, un sac à dos parfaitement calé sur mes épaules, je montai à la grande échelle appuyée contre le tronc rassurant du chêne avant de me glisser avec attention auprès de M.Fildefer. Nos deux corps à califourchon se mêlaient à la ramure du vieux feuillu pour projeter alentour des ombres difformes. Le soleil tout juste rasant flirtait avec l’horizon. Il peinait à s‘en extirper. L’air était doux.
« Pour t’aider à réfléchir, j’ai pensé qu’un bon café avec de la brioche serait tout indiqué » déclarai-je en sortant le thermos et deux grandes tasses du sac.
« Je ne sais pas si la raison est en adéquation avec l’envie, mais il faut avouer que cogiter donne soif et faim … » répondit mon ami en claquant de la langue. Je nous servis deux doses d’allongés fumants que nous bûmes avec délectation tandis que l’atmosphère s’affichait entre chien et loup.
Soudain, M.Fildefer, tout sourire, me rendit sa tasse. Puis il se mit debout sur la branche.
« Mais que fais-tu ? »
« Je m’en vais culminer pour voir de plus près ce qui se passe… » me dit-il avant de pousser sur ses jambes, de traverser la cime du chêne et de se mélanger à l’aurore. Il disparut dans le sillage d’une bande d’étourneaux sansonnet.
Je baissai la tête. Mes yeux plongèrent au fond de mon mug vide. J’y distinguai bientôt mon ami, en apesanteur, qui me faisait des signes.
« Je ne savais pas que tu savais voler… » murmurai-je.
« Moi non plus… » me souffla-t-il.
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« J’ai l’intime conviction qu’apprendre par soi-même, c’est d’abord donner libre cours à ses pensées… et à ses illusions »
