M.Fildefer soupire d’aise. Assis à ma gauche, les traits reposés, il s’avoue content d’être rentré de vacances. « Tu comprends, le régime apéro sans fin de mon cousin, au bout d’un moment… ». « Je compatis pleinement… » prononcé-je le sourire aux lèvres tout en lui resservant pour la troisième fois de la Pomada, cocktail minorquois que j’ai préparé avec soin. Alors qu’il s’empare prestement de son verre, je lui dis : « J’ai une photo à te montrer ». Je lui tends un cliché sur papier glacé, de ceux qu’on allait chercher chez le photographe au temps de l’argentique. Il fixe attentivement l’épreuve colorée tandis que je l’observe, un peu désabusé, assumant sans fierté l’obligation de vérité.« Ah ! Le port de Fornells ! Magique ! Mais… Mais c’est toi, derrière moi, un peu flou, debout près du restaurant … Tu… Tu étais à Minorque ?? » « Et oui… » soupiré-je à regret. « Il ne pouvait en être autrement… Et.. c’est moi qui prends la photo… » complété-je du bout des lèvres. Une floppée d’anges passe. M.Fildefer liquide son verre tout en gardant ses yeux fixés sur l’image. « Tu veux dire que c’est toi qui prends une photo de moi tout en étant présent en arrière-plan à me regarder ??… ».« Oui… On peut dire ça…». Je baisse la tête. Le désappointement de mon ami fait ressurgir en moi quelques désillusions que je croyais enfouies.
« Le Père Noël n’existe donc pas… » soupire-t-il.
« Non, il n’existe pas… ».
J’ai comme une folle envie de disparaître. Alors, doucement, mon ami me touche le bras jusqu’à ce que mon regard croise le sien. « Tu sais quoi ? finit-il par prononcer. « Au fond, tout ça n’est pas si grave… ». Puis, souriant pour deux, il remplit joyeusement nos verres avant de trinquer haut vers le ciel et de lâcher, hilare : « Pour les prochaines vacances, j’attendrai que les rennes passent !! »
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« Je trouve très curieux qu’une mise en abyme puisse atteindre des sommets… »

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