Cette soirée-là fut sans un mot. Inscrite dans la contemplation du coucher de soleil, elle marquait de sa langueur le rapport si particulier que nous entretenons, M.Fildefer et moi, depuis des lustres. Assis côte à côte, comme souvent, nous n’avions rien convenu. Le mutisme s’est imposé et les non-dits ont pris toute leur place pour libérer une part de leurs vérités. Nous étions chacun le Renard du Petit Prince, tellement proches depuis longtemps mais à s’apprivoiser encore. Sans que rien n’ait été décidé. C’est alors qu’un avion bimoteur en perdition des années quarante traversa notre crâne, d’arrière en avant pour aller se poser difficilement derrière le chêne, tout au fond du jardin. Il n’était pas besoin de se concerter avec M.Fildefer pour comprendre que cette agitation n’était qu’un recommencement, qu’il ne fallait jamais renoncer. Un homme apparut bientôt au loin, ceint dans un blouson d’aviateur. À ses côtés marchait avec légèreté un enfant, blond comme les blés, dont l’écharpe jaune, si longue, flottait au vent. Ils s’approchaient, rassurés. L’enfant tenait précieusement dans ses mains une rose. Nous nous regardâmes, mon ami et moi. Avant de dessiner un mouton.
Tout était conté.
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« J’ai remarqué que dans la relation aux autres, ce sont parfois les silences qui font le plus de bruit… »
