Je l’observe de loin, amusé, un café fumant à la main.
Depuis hier, M.Fildefer s’échine à ralentir le temps pour rallonger la vie. Son immobilité n’est rythmée que par le souffle régulier de sa respiration.
Nous avons loué, pour nos congés, deux petits chalets mitoyens avec vue imprenable sur la montagne. En arrivant, il m’a dit : « Je vais tenter une expérience, je te remercie de ne pas me déranger pendant 24 heures ».
Sans un mot, j’ai donc laissé M.Fildefer hier soir, lové dans son rocking-chair sur la terrasse, pour le retrouver dans la même position au petit matin, tout à sa quête spirituelle. Dans la douceur du soleil levant, mon ami affiche une sérénité touchante. Je le sens pleinement à l’écoute de ses chakras. Le tableau m’émeut presque, bucolique, intemporel, semblant suspendu au clou d’un nuage.
Mais alors que j’étale du beurre sur ma biscotte, je perçois soudain comme une plainte accompagnée d’un juron étouffé. Je tourne la tête. Mon ami se masse vigoureusement le dos, plié en deux. Ankylosé par une position s’avérant à la longue très inconfortable, il parvient difficilement à s’extirper du rocking-chair avant de se redresser, grimaçant de douleur.
« Saloperie de … » l’entends-je fulminer.
Puis, m’apercevant, il me lance :
« Bon… L’expérience s’arrête là… Ras la casquette de ces conneries…
Prépare- moi un café, j’arrive ».
Alors qu’il me rejoint en claudiquant, je lève lentement le pouce vers le ciel, comme pour lui signifier que je lui accorde la vie.
Je vous livre sa pensée de ce vendredi.
« Il est peu probable que s’éterniser quelque part aboutisse à ne pas mourir… »
